KENDO 剣道
Le Kendo, qui signifie littéralement la voie du sabre (Ken = sabre, Dō = voie), est un art martial japonais moderne inspiré des techniques de combat des samouraïs. Il se pratique avec un sabre en bambou appelé shinai et une armure de protection, le bōgu. Plus qu’un sport de combat, le kendo est une discipline qui vise à développer la maîtrise de soi, le respect et la détérmination.
Cet art trouve ses racines dans le Kenjutsu, l’art du sabre pratiqué par les samouraïs dans le Japon féodal. Au fil du temps, ces techniques ont évolué vers une pratique éducative et sportive.
Au début du XXème siècle, le kendo a été codifié afin d’être enseigné dans les écoles japonaises et de transmettre les valeur traditionnelle du budō.
Les pratiquants portent une armure appelée bōgu, composée de plusieurs protection :
- Men : casque protégeant la tête et le visage
- Kote : gants renforcés pour protéger les mains
- Dō : protection du torse
- Tare : protection du bas du ventre et des hanches
Les attaques sont réalisées avec un shinai, un sabre constitué de lattes (také) de bambou assemblées, permettant de s’entrainer en toute sécurité.
Une principe essentiel du kendo est le Ki-Ken-Tai No Ichi, qui signifie « l’unité de l’esprit, du sabre et du corps ». Pour qu’une attaque soit considérée comme correcte, trois éléments doivent être parfaitement synchronisés :
- Ki : l’intention et l’énergie, exprimées par le cri (kiai)
- Ken : la coupe correcte avec le sabre
- Tai : le mouvement du corps, notamment l’avancée accompagnée du Fumikomi, la frappe du pied au moment de l’attaque.
Cette unité est au cœur de la pratique du kendo.
Le kendo repose également sur plusieurs notions importantes :
- Maai : la distance entre les pratiquants, essentielle pour trouver le bon moment pour attaquer
- Seme : la pression mentale et technique exercée sur l’adversaire afin de provoquer une ouverture
- Zanshin : l’état de vigilance et de présence qui doit continuer après l’attaque
Ces principes montrent que le repose autant sur la stratégie et l’état d’esprit que sur la technique.
Les attaques en kendo visent des zones précises : la tête (men), les poignets (koté), le torse (dō) et la gorge (tsuki). Pour être valable, une frappe doit être réalisée avec précision, engagement et contrôle.
Dans l’esprit traditionnel du kendo, le pratiquant cherche à réaliser une attaque parfaite appelée Ippon, qui représenterait symboliquement une coupe décisive avec un sabre réel.
En compétition, appelée Shiai, les arbitres attribuent un point lorsqu’une attaque correspond à un Yuko Datotsu, c’est-à-dire une frappe éfficace respectant les critères techniques du kendo : bonne cible, coupe correcte, énergie, posture et présence de zanshin.
Aujourd’hui, le kendo est pratiqué dans de nombreux pays à travers le monde. Il est encadré au niveau international par la International Kendo Federation (FIK), qui organise notamment les World Kendo Championships (WKC), organisés tous les 3 ans.
Pour aller plus loin
Le Kendo 剣道 est la version moderne du kenjutsu 剣術, escrime japonaise du temps des samouraïs.
Contrairement à d’autres arts martiaux, ce Budo 武道 n’est pas l’héritage technique d’un seul maître, mais de plusieurs écoles différentes appelées Ryu 流, abréviation de Ryuha 流派. Jusqu’à l’avènement au pouvoir de Tokugawa Ieyasu en 1603, le Japon médiéval est une période de violence. Les différentes écoles dites aujourd’hui « anciennes », les Koryu 古流 formaient leurs guerriers pour que, lors du vrai combat, ils sortent vainqueurs. Les entrainements étaient donc difficiles et exigeants mais codifiés. Ils se nommaient Kata et étaient effectués avec des sabre en bois (bokken 木剣 ) puis avec de vrais sabres tranchants, les shinken 木剣. Cependant, les accidents arrivaient souvent.
Une école se distinguait déjà à cette époque. Appelée aujourd’hui Kashima Shinden Jikishinkage Ryu 鹿島神傳直心影流, ce koryu alors nommée à l’époque Shinkage Ryu en 1530, développa une nouvelle arme sous l’impulsion de son 2ème Shihanke Kamiizumi Ise no Kami nobutsuna 上泉伊勢守藤原信綱 : le fukuroshinaï, un bambou dont la pointe est fendue et recouverte de cuir, de la pointe jusqu’à la garde, permettant une grande flexibilité. Cette école continue son innovation avec le 7ème shihanke Yamada Heizaemon Fujiwara no Mitsunori 山田平左衛門光徳surnommé Ippusaï 一風斎. Il estimait qu’apprendre seulement les katas n’était pas suffisant pour rendre un guerrier le plus fort possible puisque pour lui, combat et katas n’ont rien à voir. Il inventa donc des éléments de protection, avec un casque et de gros manchons pour les poignets. Le 8ème shihanke, Naganuma Shirozaemon Kunisato 長沼四郎左衛門国郷, améliorera ces parties, initiées par son père. C’est la naissance de l’armure de combat, le Bogu 防具, au début du XVIIIème siècle. Pour terminer sur cette école, le shinaï sera officiellement adopté en tant qu’arme d’entrainement officielle en 1855, sur décision du directeur de l’école militaire Kobusho, le 13ème shihanke Seiichiro Otani Nobutomo. La garde majoritaire passera par la même occasion de Jodan à Chudan.
Il est à noter que d’autres écoles utilisaient également des protections. C’est le cas par exemple de l’école Ono-ha Ittō-ryū 小野派一刀流 qui dispose également de gros gants de protections et qui utilise un shinaï.
Sakakibara Kenkichi 榊原鍵吉, considéré comme le père du kendo moderne, est alors 14ème directeur de l’école Jikishinkage quand il créé un événement promotionnel de la pratique du shinaï et participe à des combats au shinaï contre des adversaires venant d’autres styles. Il partageait beaucoup l’idée selon laquelle chaque école avait le droit de s’imprégner des avantages techniques d’autres écoles. C’est le début du Shinaï Geiko, précurseur du Kendo moderne.
La période Meiji début en 1868 et avec elle, en 1876, l’interdiction de porter le sabre. Malgré tout, bien que paraissant anachroniques et perdant la faveur du public, le shinai geiko survécut, entretenu par différents groupes très réfractaires aux réformes de cette nouvelle Ere.
La pratique martiale perdura et finalement, le gouvernement décidera de participer au maintien de ses traditions puisqu’en 1897, la première section d’escrime japonaise de la police de Tokyo voit le jour.
En 1895 est fondé le Dai Nippon Butoku Kaï 大日本武徳会, l’association pour la conservation des arts martiaux traditionnels japonais.
En 1899, le dojo du Dai Nippon Butoku Kaï, le Butokuden 武徳, voit le jour et, en 1900, le terme KENDO 剣道 est utilisé pour la première fois.
Dès le début du XXème siècle, une commission dirigée par 5 maîtres de koryu se rassemble afin d’établir les katas qui formeront la bases d’enseignement de ce nouveau Budo : le Kendo.
Ainsi se rassemblent :
– Negishi Shingoro 根岸信五郎de Shinto Munen Ryu 神道無念流
– Takano Sasaburo 高野佐三郎de Ono Ha Itto Ryu 小野派一刀流
– Naito Takaharu et Monna Tadashi de Hokushin Itto Ryu 北辰一刀流兵法
– Tsuji Shinpei de Shingyoto Ryu 心形刀流 et Jikishinkage Ryu 鹿島神傳直心影流
En 1909, la pratique du Kendo est encouragée par l’Etat et la fédération japonaise voit le jour. A titre de comparaison, la fédération d’escrime française nait en 1882.
Les katas de Kendo sont officiellement définis au cours de l’année 1912, avec le Daï Nippon Teikoku Kendo Kata. 7 katas au grand sabre et 3 avec le petit sabre, le kodachi.

Comité Dai Nippon Teikoku Kendo Kata. Negishi Shingorō est assis à l’avant à droite avec Tsuji Shinpei (Shingyoto Ryu) à côté de lui. Au fond de droite à gauche : Takano Sasaburo (Itto Ryu), Monna Tadashi (Hokushin Itto Ryu) et Naito Takaharu (Hokushin Itto Ryu). La photo date de 1912
En 1941, le kendo devient obligatoire à l’école quand en 1945, après la défaite lors de la seconde guerre mondiale, l’amiral américain Chester l’interdit. En effet, il voit dans les arts martiaux un élément constitutif de nationalisme et d’esprit combatif. Le Dai Nippon Butoku Kai est donc dissout.
Mais en 1952, il réouvre et La Zen Nihon Ken Renmei (ZNKR) 全日本剣道連盟 est créée.
Enfin, il faudra attendre 1970 et les premiers championnats du monde de Tokyo au Japon pour que le Kendo prenne une dimension internationale.
Si nous devions en retirer une chose, c’est que le Kendo a su parfaitement s’adapter avec ses époques.
Fabien Rivaille
